Allocution de Paul Schaffer

   
  
 
  
    
  
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    Son Excellence Yossi Gal (ambassadeur d'Israel), Paul Schaffer, Madame Simone Veil, Général Georgelin (chancelier)

Son Excellence Yossi Gal (ambassadeur d'Israel), Paul Schaffer, Madame Simone Veil, Général Georgelin (chancelier)

Paris, Hôtel de Salm - 19 mars 2013

Monsieur le grand Chancelier de l’Ordre de la Légion d’Honneur,
Madame le Ministre d’Etat
Madame le Ministre
Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur Le Maire,
Messieurs les Grands Rabbins,
Mesdames et Messieurs les Présidents des diverses Associations,
Chers camarades rescapés,
Chers amis,      
Je souhaite à présent,  mon Général, vous remercier à plusieurs titres.
D’abord, bien sûr, pour avoir décidé de me promouvoir au grade d’Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.
Ensuite, pour avoir accepté de me remettre personnellement les insignes du grade.
Enfin, parce que vous avez relaté avec une grande sensibilité mon parcours.
Merci aussi d’avoir accueilli mes invités dans ces lieux imposants, chargés d’histoire, et où l’on n’entre qu’avec respect et émotion.
Ma joie n’aurait pas été complète si je n’avais à mes cotés, en ce moment exceptionnel, Simone, mon amie de toujours, ma compagne de déportation.
 
Qui aurait osé imaginer, il y a soixante-huit ans, lors de la « Marche de la mort », quand nous étions des milliers de morts-vivants à nous trainer sur les routes enneigées d’Allemagne, qui aurait imaginé, qu’un tel honneur serait un jour accordé par la République à ceux d’entre nous, qui par miracle ont survécu et ont encore pu offrir leurs services à la société ?.
 
En pénétrant dans ces lieux pour y être honoré, permettez-moi, Monsieur le Grand Chancelier, de redire les mots très émouvants prononcés par Jean d’Ormesson quand il accueillit Madame Simone Veil sous la Coupole de l’Académie :
 
«  Je pense, dit-il,  avec émotion, à tous ceux et toutes celles qui ont connu l’horreur des camps de concentration ; le souvenir de tous entre  ici  avec vous ».
 
Dans le même esprit, entouré ici de mes camarades, rescapés comme moi, je souhaite, à mon tour, la présence, même chimérique, de nos Martyrs.
Je veux partager avec chacun d’eux, une part de l’honneur qui m’échoit et leur permettre de retrouver, au-delà des années, la reconnaissance de leur dignité, de leur humanité, dont ils ont été si cruellement dépouillés.
 
Nous, les survivants, ne les avons  jamais oubliés, car « ne meurent définitivement que ceux dont on ne parle plus » !
 
Il nous a fallu parfois du temps pour raconter.
Il était difficile d’évoquer les souffrances endurées.
Il était douloureux de parler des conditions inhumaines et inimaginables dans lesquelles nos enfants, nos femmes et nos parents furent assassinés ! 
 
Pourtant nous l’avons fait, car nous étions convaincus que le souvenir du mal servirait de bouclier.
 
Sans épargner nos forces, ni ménager notre temps, nous continuons d’escorter encore maintenant des visiteurs sur les lieux du crime, et de parler de nos supplices.
 
Qui, en effet, mieux que nous, peut dire l’horreur de la barbarie ?
 
Comment répondre autrement « en ce monde, à la terrible obstination du crime, si ce n’est pas par l’obstination du témoignage » ? Ainsi que l’écrivait Albert Camus. 
 
Comme mes camarades, je n’ai cessé d’aller dans des lieux de mémoire, dans les écoles, pour y expliquer l’inexplicable, raconter l’inconcevable aux élèves et leur laisser entre autres, les mêmes  messages : devenez des citoyens dignes et vigilants,  bannissez surtout la haine de l’autre, source de tous les crimes.
Les réactions à mes témoignages ont toujours été à la hauteur de mes espérances: généreuses, affectueuses, réconfortantes. Elles ont été même au-delà, puisque c’est à la demande de nombreux élèves que j’ai écris mon histoire ; «  Le Soleil voilé » légèrement édulcorée en raison des destinataires.
J’espère qu’elle  restera longtemps accessible, grâce à mon site internet, afin de  perpétuer l’histoire de la Shoah.
 
En 1953, Israël a institué YAD VASHEM, le Mémorial de la Shoah.
 
Vingt ans plus tard fut créé le Comité Français pour Yad Vashem, présidé à l’origine par Maître Samuel Pisar-, aujourd’hui Ambassadeur auprès de l’Unesco, suivi par le Dr Richard Prasquier. Ma mission à l’époque, en tant que vice-président, fut d’assurer la transmission de la Shoah.
 
Devenu il y a quatre ans, à mon tour, Président du Comité Français, j’ai alors mis toute mon énergie à recruter de nouveaux membres, aux grandes qualités de cœur et d’esprit. Avec tous les anciens bénévoles, agissant avec dévouement, nous avons formé un formidable esprit d’équipe ; je souhaite leur exprimer encore une fois ici mes remerciements. Ils m’ont aidé à donner un nouvel élan à notre Association.
 
Cette nouvelle fonction m’a également permis de découvrir un autre aspect de l’histoire : à côté de l’horreur, des bourreaux et de leurs victimes : Les « Justes parmi les Nations ».
Ces hommes et ces femmes, distingués et ainsi nommés par Jérusalem pour avoir durant la guerre, au péril de leur vie, par simple humanité, sauvé des juifs.
Que de belles histoires de courage et de générosité,  j’ai pu ainsi apprendre !
J’exprime à ces héros silencieux ma gratitude avec d’autant plus d’émotion que je connais le destin auquel ceux qu’ils ont protégés ont échappé.
Ces «  Justes » ont leur place à Yad Vashem à Jérusalem ; leurs noms sont inscrits sur un mur du Mémorial de la Shoah à Paris. Et depuis 2007, ils ont rejoint les Grands Hommes de notre pays au Panthéon.
 
Quelques mots aussi pour dire avec quel enthousiasme, j’ai contribué à la réalisation de l’exposition itinérante, réalisée par l’Office National des Anciens Combattants ONAC -  DESOBEIR POUR SAUVER  - qui  honore cinquante-quatre Policiers et Gendarmes, (depuis ils sont au nombre de 64) nommés «  Justes parmi les Nations», la plus haute décoration civile de l’État d’Israël.
 
Mon propre destin fut, en effet, tout le contraire, puisque  après une poursuite de deux heures par un gendarme français zélé, en zone non occupée, en 1942, j’ai été finalement arrêté, et après un passage par Drancy, déporté avec ma mère et ma sœur vers Auschwitz.
Ces hommes à qui on allait rendre hommage dans cette exposition, avaient à l’opposé écouté leurs consciences ; préféré la non-obéissance ; et  rompu leurs serments de fidélité à l’Etat français.  
Pour toutes ces raisons, ils méritent  une reconnaissance particulière.
 
Parmi ces policiers, je voudrais citer Jean-Philippe, Commissaire de police à Toulouse : dans sa loyale lettre de démission, il expliqua pourquoi sa conscience lui interdisait d’obéir aux ordres de l’Occupant et de Vichy.
Il fut relevé de ses fonctions, déporté comme Résistant et fusillé en Allemagne. Il a reçu par Yad Vashem, à titre posthume, la distinction, bien méritée, de « Juste parmi les Nations ». Sa lettre figure dans mon livre ; je la lis aux élèves afin qu’ils s’inspirent de son  exemple de patriotisme et de courage.
 
Je voudrais aussi relater un autre évènement très émouvant et dont les conséquences, sont importantes.
 
Comme Président du Comité français pour Yad Vashem, j’ai inauguré à St Amand-Montrond, en même temps que l’exposition sur les policiers et gendarmes, une esplanade des Justes et un monument à leur mémoire.
 
A cette occasion le Maire, mon ami Thierry VINÇON, m’a suggéré la création par le Comité de Yad Vashem, d’un regroupement des villes restées fidèles à la mémoire des Justes en donnant leurs noms à certains lieux ou monument dans leurs communes.
 
Avec enthousiasme, nous avons fait nôtre cette idée et travaillé pour la mettre en œuvre.
Et le 12 septembre 2012, à la Mairie de Paris, le Réseau « Villes et Villages des Justes  de France», est né. Thierry Vinçon en a accepté la présidence et la maire du Chambon, Madame Wauquiez, la présidence d’honneur.
 
Le voyage prochain, de la première délégation de ce réseau de maires, à Yad Vashem Jérusalem,  pour le Yom Ha- Shoah, marquera le début d’un long chemin commun, au service de la fraternité et du respect de la dignité humaine.
 
Il appartient maintenant à mes amis Jean-Raphaël Hirsch, Président en exercice du Comité français, et à ses adjoints d’en faire avec Thierry Vinçon, un véritable succès.
 
Enfin, je voudrais vous dire l’importance du travail accomplit par la « Fondation pour la Mémoire de la Shoah » (FMS) et auquel je participe modestement, mais non sans fierté.
 
D’abord présidée à sa création en 2000 par Simone Veil, aujourd’hui par David de Rothschild entouré d’une équipe de collaborateurs dévoués et de grande qualité, cette importante fondation sous sa présidence, remplit toutes ses missions.
 
Au plan social, d’abord, elle apporte son soutien aux survivants confrontés aux diverses difficultés matérielles et morales, en tentant de réparer, autant que faire se peut, les conséquences de la Shoah.
 
Elle finance également de façon très importante le Mémorial de la Shoah, mené par son dynamique directeur, Jackie Fredj, sous l’œil averti et le cœur généreux du Président Eric de Rothschild.
 
Il convient aussi de rendre un hommage tout particulier à Serge Klarsfeld, vice-président de la FMS, auteur de plusieurs ouvrages importants. Depuis la création de l’Institution dont il fut l’un des artisans majeurs, il l’a aidé à enrichir sa connaissance sur la Shoah. A conserver ou rénover  les lieux de mémoire en Pologne et en France, dont le plus récent et non le moindre, est évidement le musée-Mémorial de Drancy.
 
Drancy où je fus interné, il y a 70 ans, en 1942.
En y arrivant, j’y avais relevé sur un mur, une inscription dont j’ai fait ma devise :
 
« Quand il n’y a  plus rien à espérer, c’est là qu’il ne faut pas désespérer» !
 
Est-ce le refus obstiné du désespoir, au plus noir de l’enfer d’Auschwitz,  qui m’a permis de survivre ? ? 
 
Sans doute bien d’autres raisons, expliquent que moi et d’autres ayons  survécu.
Pourtant, je reste convaincu que de n’avoir jamais cédé au désespoir, a été un élément déterminant.
 
Je voudrais dire aussi combien l’attention donnée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah à la pérennité du judaïsme, à sa culture, à la diversité de ses penseurs, à la profondeur de ses textes, m’importent, moi dont la jeunesse a baigné dans cette tradition juive familiale autrichienne éclairée.
Le judaïsme peut, en effet, continuer de nous enrichir tous, sans mettre en danger la laïcité, fondement de la République.
 
Je tiens également à affirmer ma fierté et ma fidélité, ancrées au plus profond de mon âme et qui m’animèrent  au sortir de la guerre, quand le jeune État d’Israël naissait. C’est cette même fidélité à Israël, dont l’existence est toujours menacée, que je souhaite redire ce soir. 
 
Il me tient à cœur de  remercier mes fidèles amis, Anne-Marie Revcolevschi, Emile Frydlander, Jean Pierre Gauzi, Jean-Raphael Hirsch, Jean-Pierre Lévy, et aux nombreux autres que je n’ai pu citer nommément, pour leur appréciable et amicale aide tout au long de mes activités.
 
Mes propos seraient néanmoins incomplets si je ne mentionnais pas l’aide indispensable, patiente, dévouée et l’affectueux soutien, qui ne m’ont jamais fait défaut, de ma chère épouse Jacqueline, de ma fille Anick, de mon gendre Lucien  et de mon petit-fils Adrien.
 
Je sais combien il est difficile d’être lié à un rescapé d’Auschwitz.
 
Pour conclure, je voudrais vous laisser méditer ces mots, si justes, d’Albert Einstein, afin que « le plus jamais ça » devienne réalité :
 
« Le monde est dangereux à vivre, non pas seulement à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ».